- Le lecteur a déjà le livre dans les mains, qu’il l’ait acheté ou emprunté: il s’apprête à le lire. La préface n’est pas une quatrième de couverture (qui incite à l’achat du livre), ni une critique-chronique littéraire (qui recommande une lecture). Le préfacier ne peut donc énoncer des phrases injonctives (“vous devez/il faut lire” , “absolument”... etc).
- Ne pas perdre de vue qu’une préface n’est jamais nécessaire au livre. Elle peut certes en enrichir la lecture, orienter la compréhension, présenter le contexte d’écriture ou de réception. Mais, au final, elle doit justifier sa présence, pour que le lecteur ne la saute pas pour se précipiter vers le texte. Elle doit susciter l'envie d'être lue, donner l'impression au lecteur d'un apport particulier. Personnellement je ne trouve pas les préfaces efficaces, je ne les lis jamais avant le livre; parfois, je les lis après la lecture du livre, comme une postface. Et je crois que vous êtes comme moi... Malcom Lowry, à l'inverse, affirme ne lire souvent que la préface.
- Un préfacier autographe justifiera son oeuvre: pourquoi il l’a faite, et pourquoi comme ça, et dans quelles circonstances,... Un préfacier allographe a 2 postures face un texte. Soit il est “universitaire”, et il apporte des informations critiques/biographiques/historiques... etc, tout ce qu’on pourrait résumer comme le contexte de l’oeuvre, son “autour”. Soit il est “premier lecteur”, il parle de la résonance de la lecture; il développe alors deux topiques: combien les personnages nous toucheront par leur vérité et nous émouvront par leurs difficultés/débats, combien l’action emportera notre intérêt, par son suspens ou son intensité. Ce préfacier usera du ton de la confidence, de la conversation...
- Personne n’aime recevoir des leçons (cf point 1). Des informations à la rigueur.
- Il est important d'avoir un plan, une introduction qui accroche, et une conclusion qui donne envie d'enchaîner immédiatement avec la lecture du livre.
- Parler d'un livre qu'on aime est la meilleure façon de parler de soi. Comme l'inverse est vrai aussi, le préfacier se met souvent en scène dans sa lecture, sans hésiter à confier ses émotions et ses réactions. Chaque face qu'un énonciateur parle de ses sentiments, dès qu'il montre ses émotions, il faut qu'il utilise la ponctuation expressive.
- Ce principe du "parler de soi" se retrouve dans les avis sur les livres donnés sur les sites qui vendent du livre, comme amazon. Peut-être que ces avis ne sont pas "justes", mais ils sont efficaces.
- Voici un texte de présentation que j'avais écrit pour un magazine des Récits de la Kolyma, de Varlam Chalamov: il respecte finalement bien le cahier des charges d'une préface, je crois. Mais vous pouvez me dire que non, en commentaire; et on en discutera. (Précision: seuls les deux premiers paragraphes ont été publiés, ce qui fait que je me suis fâché avec le rédacteur...)
23/10/2012
Préfaces allographes
Le sujet d'invention portait était d'écrire une préface allographe, sans consigne particulière. L'exercice était compliqué par notre séquence actuelle sur les préfaces autographes. Les deux sont assez différentes. Je me permets ici quelques remarques, sur les préfaces en général et sur ces différences.
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